Le macho de service

Étiquettes :
22 mai 2017

Stallone, publié par Gallimard en 2003, est une nouvelle d’Emmanuèle Bernheim (1955).  La Parisienne est l’auteur de Le Cran d’arrêt (1985) et Un Couple (1988) en plus de Sa Femme qui a gagné le Prix Médicis en 1993. Sa nouvelle Vendredi soir (1998) a été adaptée au cinéma par Claire Denis. Comme scénariste Bernheim a collaboré avec François Ozon sur Sous le sa sable (2001) Swimming Pool (2003) et 5×2 (2004).

Dans Stallone, un œuvre de moins de soixante pages, Bernheim lie l’histoire de son héroïne aux films de Sylvester Stallone, à commencer par Rocky III. Ce film appartient à une série de suites du premier film Rocky qui a fait un tabac en 1976. La suite traite de la valeur du travail dur en exprimant le fait que tout est possible avec un peu de talent et beaucoup de sueur. Donc, c’est l’expression du rêve américain, bien que ces idées soient un peu simplistes. De son côté, la nouvelle nous présente une héroïne française qui se coule dans le moule d’un héros de tragédie classique. Cependant, cette nouvelle minimaliste a l’air de se moquer des conventions, celles des Américains en plus de celles des Français. Ainsi, Bernheim nous offre un conte qui est à la fois émouvant et drôle.

Stallone se déroule entre les années 1982 et 1997, entre les débuts de Rocky III et Copland. La nouvelle s’axe sur la vie d’une Parisienne qui n’a que vingt-cinq ans quand l’histoire commence. Cet ouvrage parle des choses imprévues qui peuvent changer le cours de notre vie. De plus, il montre la difficulté, même de nos jours, de surmonter la pression de devenir une femme traditionnelle.

Au commencement de la nouvelle, nous sommes dans une salle sombre de cinéma en 1982 avec une jeune Parisienne qui vient de regarder Rocky III. Bouleversée, elle refuse de bouger.  Mais ce manque d’activité est comme le commencement d’une course juste avant que le revolver ne tire. Après avoir quitté le cinéma, et son amant, l’héroïne commence à courir. Elle commence ainsi à échapper aux contraintes de sa vie qui l’empêchent d’atteindre ses rêves. Comme Rocky Balboa elle se refait et se bat pour l’opportunité de réaliser tout ce qu’elle peut devenir.

À première vue, Sylvester Stallone est un sujet étrange pour une auteur qui traite des problèmes auxquelles les femmes doivent faire face. Il n’a pas la réputation d’un intellectuel sensible, il est plutôt perçu comme un homme rustre. Les personnages qu’il joue sont des incarnations du machisme. Cependant, il y a des correspondances très révélatrices entre Stallone et Bernheim. Les deux ont écrits des scénarios. Ils partagent aussi la tendance de ne pas trop parler. Bernheim est maîtresse du minimalisme tandis que les personnages que Stallone joue sont tous très laconique. De plus, le premier Rocky a montré une sorte de minimalisme en disposant d’un budget modeste de moins d’un million dollars.

En se servant de Stallone comme modèle pour une jeune femme qui combat les tendances chauvinistes de la société, Bernheim crée une drôle d’image. Néanmoins, c’est une juxtaposition très éclairante. Alors que la nouvelle se déroule, nous comprenons que l’héroïne ne veut pas trouver un homme comme Stallone. Elle ne s’intéresse pas à un homme qui aime les sports de combat.  Au contraire, c’est elle qui se battra pour son droit de devenir tout ce qu’elle désire. Elle ne veut pas jouer un rôle conventionnel. Son choix de modèle n’est que la première preuve de son désir de détruire les stéréotypes sexuels. De plus, elle traite Stallone d’égal à égal. Loin de le placer sur un piédestal, elle admet les faiblesses que Stallone a lui-même. Parce qu’il lui a servi d’inspiration, elle aimerait l’aider s’il était jamais dans le besoin.

Pendant un entretien avec son éditeur, Gallimard, en 2002, Bernheim a dit : «Et enfin, à la différence de tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, il ne s’agit pas d’une histoire de désir, ni d’une rencontre érotique…
  Décidément, Stallone c’est autre chose…»[1] La morale de cette histoire est très simplement : si nous n’aimons pas ce que nous voyons dans le miroir, nous pouvons le changer. Mais Bernheim étend les possibilités, elle  réclame les héros des films d’action pour les femmes. Rocky pourquoi n’est-il pas de «chick flick» ? Dans cette nouvelle, l’héroïne essaye d’échapper aux stéréotypes.  Le public est aussi invité à abandonner ses préjuges, à voir, par exemple, Rocky Balboa comme un modèle idéal pour une femme. Dans cette nouvelle, décidément, Stallone c’est autre chose.

 



[1] © www.gallimard.fr, 2002

 

Rubrique/mosaïque: Bernheim, Cliquez..., Critique littéraire, Critique littéraire, Mosaïque
RSS 2.0 | Laisser un commentaire | trackback

Aucun commentaire

Répondre

css.php