Vivre dans une Salle de bain

23 novembre 2012

Vivre dans une Salle de bain, dans la Salle de bain de Toussaintbaignoire

Jean-Philippe Toussant a écrit « La Salle de bain » en 1985. Ce court roman a été réalisé à l’écran en 1989 et traduit en 25 langues. L’histoire suit un chercheur français de « vingt-sept ans, bientôt vingt-neuf », qui habite à Paris avec sa femme Edmondsson. (16) « Je » passe des heures dans la salle de bain et Toussant décrit ses pensées, donc chaque partie est très courte et indépendante des autres. Il va à Venise pendant quelques semaines et on apprend plus de détails concernant sa façon de vivre. Partout dans le livre, il s’entoure de gens, de choses, d’activités, mais il ne s’engage jamais. La vie l’entoure, mais il ne la vit jamais. Les épisodes dans le livre avec l’eau, le sport et Edmondsson sont tous des réflexions de la manière avec laquelle « je » vit.

Au début du livre, on rencontre « je » dans la salle de bain. Il nous dit « je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu. » Pourquoi s’asseoir dans la baignoire sans eau ? Dans une interview, Toussant a dit « La salle de bain est aussi une pièce de refuge, où le personnage peut se retirer du monde. » Donc « je » se retire de quoi ? Il semble qu’il ne se retire pas mais se cache. « Je » passe beaucoup de temps aussi en observant le temps. Quand il pleut, il remarque qu’il y a deux manières de regarder tomber la pluie. On peut « maintenir son regard fixé sur un point quelconque de l’espace et voir la succession de pluie à l’endroit choisi » ou « suivre des yeux la chute d’une seule goutte à la fois, depuis son intrusion dans le champ de vision jusqu’à la dispersion de son eau sur le sol. » (37) Chaque fois qu’il pleut, « je » reste dedans et il observe simplement. Et indifférent à la météo, il porte son manteau partout. Bien que « je » n’utilise ni l’eau dans la baignoire ni ne profite de la pluie, il reste dans deux villes qui sont des îles. Paris et particulièrement Venise, flottent. Donc l’eau l’entoure vraiment, mais en même temps les villes lui permettent de s’en protéger.

Partout dans le livre, on sait que « je » aime les sports. Il écoute les émissions radiophoniques de football, il achète des fléchettes à Venise et il fait le projet de jouer au tennis quand Edmondsson apporte deux raquettes. D’abord, « je » sort très tôt le matin suivant pour acheter des balles de tennis. Donc le lecteur pense qu’il veut vraiment jouer au tennis ce qui est logique quand on tient compte de son intérêt aux sports. Il continue à sembler intéressé au tennis en recherchant où on peut jouer. Il demande au réceptionniste et  passe des coups de téléphone. Mais après tout ça, il « n’a pas de short. » (84) Pour le lecteur, c’est une raison faible. Pourquoi investir du temps et de l’argent et puis laisser les vêtements vous arrêter ? Il semble qu’il ait peur de poursuivre jusqu’au bout cette idée du tennis. Peut-être il a peur de perdre ou il ne se sent pas assez athlétique. Comme avec l’eau, il s’engage jusqu’à la dernière seconde. Il y a quelque chose qui le retient. Et voilà qu’ il est encore dans la salle de bain.

« Je » semble timide concernant sa femme Edmondsson. On sait que leur relation dure depuis longtemps. Ils habitent dans un appartement au début du livre après avoir établi une vie commune. Chez eux, Edmondsson décide tout. Elle choisit la couleur pour repeindre la cuisine et grâce à son poste, il est probable qu’elle gagne plus d’argent que « je ». Quand « je » va à Venise, il pense qu’il ne veut pas la voir à ce moment, mais dès qu’ils commencent à parler au téléphone, il attend ses appels pendant des heures. Il nous fait croire qu’il sera prêt à être ensemble quand ils se réuniront, mais ce n’est pas vrai. Elle vient à Venise après quelques jours, mais ils ne veulent pas faire les mêmes choses. « Je » passe la plupart du temps seul, dans sa chambre d’hôtel et elle sort pour visiter aux musées et voir la ville. Quand ils visitent une église, « je » dit : « J’essayais de l’en dissuader. Devant sa sereine détermination (elle ne m’écoutait pas), il m’apparut que je ne parviendrais pas à la faire changer d’avis. Je rentrai seul à l’hôtel. » (84). Il perpétue donc cet état indécis de semi-immobilité.

Chaque personnage a des caractéristiques uniques et il faut les lire au-delà des mots.  A priori, le personnage « je » est timide, il a peur, et donc il concentre sa vie autour des choses qu’il peut observer, sur lesquelles il peut compter, mais desquelles il peut se cacher. Mais peut-être est-ce lié à son travail. Il est chercheur, donc il renonce à la participation. En se métamorphosant en chercheur, il en fait un art de vivre.

 

Rubrique/mosaïque: Critique littéraire, Critique littéraire, Jean Philippe Toussaint
RSS 2.0 | Laisser un commentaire | trackback

Aucun commentaire

Répondre

css.php