L’émotion inhérente chez Molière

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6 décembre 2013

L’émotion inhérente, chez Molière dans l’école des femmes.

 

À son époque, Molière était connu pour ses œuvres qui ont provoqué la controverse sur plusieurs sujets dans la société traditionnelle. « L’école des femmes », est une histoire d’un bourgeois qui a mis une fille de quatre ans dans un couvent afin qu’elle grandisse ignorante du monde et de la société pour devenir une épouse obéissante et subordonnée. Cependant, par son manque d’assurance et les évènements qui se passent avec la fille, on vient à comprendre qu’il y a des choses que l’ignorance même n’affecte pas. Bien que l’on puisse élever des enfants en dehors de la société et du monde autour d’eux, ils auront toujours le libre arbitre et les émotions inhérentes qu’il ne faut pas sous-estimer.Moliere_4lg

Au début de la pièce, on rencontre Arnolphe, un homme riche et instruit mais qui manque d’assurance. Lorsqu’il bavarde avec son ami Chrysalde, il l’appelle Seigneur Arnolphe mais lui revendique le nom de Monsieur de la souche, «  Mais enfin de la Souche est le nom que je porte : j’y vois de la raison, j’y trouve des appas ; et m’appeler de l’autre est ne m’obliger pas » (21). Arnolphe n’a pas confiance en lui-même, donc, il recherche un nom plus noble. D’un côté, il est possible que Molière par le personnage d’Arnolphe exemplifie les insécurités des bourgeois tels que leur manque d’assurance quand il s’agit de leur position dans la société mais aussi leur besoin de montrer leur domination et pouvoir sur les femmes. En discutant du mariage et des femmes, Arnolphe avoue à Chrysalde qu’il se mariera avec une sotte pour qu’elle ne puisse pas l’humilier, « Épouser une sotte pour n’être point sot. Je crois en bon chrétien, votre moitié fort sage ; mais une femme habile est un mauvais présage ». D’un côté, ses sentiments sur les femmes malicieuses qui exploitent leurs maris pourraient représenter la mentalité des hommes dans la société de l’époque, ceux qui n’avaient pas accepté la manière dont les femmes commençaient à se libérer un peu en public et dans les mariages. Toutefois, on peut dire aussi qu’Arnolphe représente la vieille mentalité chauvine qui croit que les femmes sont dans le monde pour donner du plaisir aux hommes, « Votre sexe n’est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu’on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité : l’une est moitié suprême et l’autre subalterne » (59). Ici, Arnolphe explique à la fille sa position subordonnée dans la vie pour renforcer son ignorance et pour lui faire réaliser les choses qu’il a fait pour elle.

Après avoir examiné Arnolphe et ce qu’il représente comme personnage, il faut considérer les effets de ses actions sur Agnès. Dans la pièce elle est plus âgée, donc, on la trouve chez Arnolphe toujours enfermée du monde. Elle est devenue très belle mais aussi innocente parce qu’elle n’a pas été corrompue par la société. Cependant, un jour quand elle contemple de son balcon, le seul endroit où elle peut s’échapper, elle voit un garçon qui lui adresse un sourire. Peu après, une vieille femme vient la voir pour lui dire qu’il mourra si elle ne le voit pas encore, à cause de son innocence ils se rencontrent et elle commence à l’aimer :

Il jurait qu’il m’aimait d’une amour sans seconde, et me disait des mots les plus gentils du monde, des choses que jamais rien ne peut égaler, et dont, toutes les fois que je l’entends parler, la douceur me chatouille et là-dedans remue certain je ne sais quoi dont je suis toute émue. (48)

Il est ironique que dans sa quête d’éloigner Agnès des autres pour qu’elle ne puisse l’humilier ni lui faire du mal, il ne lui a pas enseigné d’éviter les autres hommes. Il s’est tellement occupé de limiter son accès à l’information qu’il n’a pas pensé au fait qu’elle pourrait tomber amoureuse avec quelqu’un d’autre. Dans sa tête, Agnès ne connaîtrait personne d’autre, donc, elle tomberait amoureuse avec lui. En apprenant ce qui s’est passé, il lui dit que c’est un péché de ressentir des sentiments comme ceux-là et si elle n’oublie pas ses sentiments il y aura des conséquences, « vous irez un jour, vrai partage du diable, bouillir dans les enfers à toute éternité » (60). Il est évident qu’Arnolphe craint de la perdre, donc, il essai de lui faire peur. Néanmoins, la vie continue et quelques jours après Agnès lui dit que le garçon lui a rendu visite une autre fois mais qu’elle lui a commandé de partir et qu’elle lui a même jeté un caillou. Plus tard, après qu’Arnolphe pense qu’il avait gagné, il découvre qu’Agnès n’a pas menti sur le cillou mais qu’elle a omis le fait qu’elle avait attaché un mot d’amour « Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre, mais en termes touchants et tous pleins de bonté, de tendresse innocente et d’ingénuité » (70). Voilà, de ce point-là on vient de comprendre que malgré les efforts d’Arnolphe, l’ignorance n’affecte pas le libre arbitre ni les émotions. Arnolphe n’aime pas ce développement et il essaie de les séparer mais bien qu’Agnès soit ignorante, elle ne manque pas de jugeote et elle sait qu’elle est prisonnière.

Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, et m’avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte, et qu’enfin, dans ma tête, je ne juge pas bien que je suis une bête ? Moi-même, j’en ai honte ; et, dans l’âge où je suis, je ne veux plus passer pour sotte, si je puis. (107)

Agnès lui dire que bien qu’il l’ait séparé de la société pour qu’elle se repose sur lui, elle ne va pas rester absente, elle réagit. Alors qu’il s’épuisait pour la séparer de la société il a sous-estimé l’intelligence des femmes et le fait que même si quelqu’une est bête, le libre-arbitre est quelque chose d’inhérent.

En dernier lieu, l’amour n’est pas quelque chose qu’on peut contrôler. Pendant toute sa vie Arnolphe avait compté sur le fait qu’il se marierait avec Agnès quand elle aurait grandi mais il n’a jamais pensé à ce qu’elle désirerait. Donc, quand Agnès commence à tomber amoureuse avec Horace, le fils de son ami Oronte, Arnolphe devient furieux, « Je suis en eau : prenons un peu d’haleine ; il faut que je m’évente, et que je me promène. Aurais-je deviné quand je l’ai vu petit qu’il croîtrait pour cela ? Ciel ! que mon cœur pâtit ! » (39). De cela, Arnolphe exemplifie son arrogance en pensant qu’elle allait l’épouser sans question. Il pense à Agnès et toutes les femmes comme des êtres incapables de penser pour elles-mêmes, donc, quand elle avoue ses sentiments pour Horace il est très étonné. Lorsqu’Arnolphe essai de s’éloigner les deux parce qu’il considère déjà Agnès comme sa femme, il la réprimande pour ses actions et il exprime qu’elle doit être son épouse ; mais encore il sous-estime la complexité des femmes et il ne comprend toujours pas que l’amour ne peut pas être forcé.

Arnolphe : Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler : quelle preuve veux-tu que je t’en donne, ingrate ?

Agnès : Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme : Horace avec deux mots en ferait plus que vous. (109)

Finalement, Arnolphe avoue le fait qu’il aime Agnès mais il est trop tard. Il a passé toute sa vie en la gardant enfermée du monde et en la traitant comme une sotte, tandis que s’il l’avait aimée et traitée respectueusement, peut-être l’aurait-elle aimé en retour.

En dernier analyse, Molière a bien montré la mentalité archaïque des hommes et comme ils désirent parfois une femme servile. Toutefois, c’est aussi une leçon pour les hommes de ne pas sous-estimer les femmes ni la force de l’amour. Bien que Molière fût vraiment un homme qui a causé beaucoup de controverse à son époque, il est quelqu’un qui était en avance sur son temps. Avec toutes ses œuvres qui sont souvent des commentaires sociales, Molière s’il n’a aidé à l’égalisation de la société a, dans les cas, soulevé des problèmes, et permis à ceux qui le lisaient d’y réfléchir. Et l’on peut se demander, si Molière n’a pas été en son temps un féministe avant l’heure…

Jordan Gardner

Pour Professeur Bourdier

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[1] Molière. L’école Des Femmes. Paris: Gallimard, 2004. Print.

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