Perspectives d’après la colonisation dans La Belle Créole

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8 décembre 2013

Perspectives d’après la colonisation dans La Belle Créole

La Belle Créole, par Maryse Condé, explore la situation après l’ère de la colonisation et dans l’ère moderne dans une île fictive des Antilles françaises. L’intrigue suit Dieudonné, un jeune homme qui vient d’être acquitté du meurtre d’une femme blanche. Le livre entier est un mélange de ses souvenirs et des évènements des 24 heures qui suivent 51P6EADRPNLson procès. Dans cet ouvrage post-colonialiste, la question de la race joue un grand rôle dans l’intrigue, dans sa relation avec Loraine, la femme békée, et dans les conditions de pauvreté dans lesquelles Dieudonné vit.

Dès le début du livre, le sujet de la race, et son rôle dans la vie quotidienne du peuple, a une grande présence. Mais les personnages, de situations et de statuts différents, ne sont pas d’accord sur la façon dont la race se manifeste dans sa société.  Dieudonné est acquitté grâce aux arguments de son avocat, Matthias Serbulon, qui propose que le meurtre de Loraine fût justifié par les circonstances. Que Loraine ressemble trop à une maîtresse esclavagiste, et que Dieudonné, abattu et exploité, n’ait fait que se libérer. D’autres, comme le riche Milo Vertueux, croient que cette dynamique de « maîtresse, esclave, [c’est] du passé. La société avait changé et, en plein vingtième siècle, personne ne croyait plus à ces bêtises-là » (234). Dieudonné lui-même ne croit pas qu’il soit opprimé par les relations de la race; il pense que « ce passé-là ne valait pas le présent qu’il vivait avec ses affres et ses manques » (267).

Même si les opinions des personnages ne s’accordent pas, le narrateur montre aux lecteurs les vestiges et les souvenirs de l’esclavage qui restent dans la ville de Port-Mahault. À cause des grèves dans la ville, les rues sont remplies d’ordures et de chiens qui les mangent. Les chiens, une figure récurrente dans le livre, ont un lien proche avec l’histoire de l’esclavage sur l’île. Selon le narrateur, « c’est une vieille affaire. Au temps de la plantation, les chiens ont poursuivi le nègre en fuite, traqué, fait saigner le marron pour le compte du Maître » (80). Dieudonné, la nuit de son acquittement, s’imagine traqué par les esprits déguisés en chien, et il finit la nuit battu, sanglant et ré-emprisonné dans ses propres souvenirs. Il termine la nuit en ressemblant à un esclave du passé : chassé des chiens, battu, exclu et piégé dans une vie de pauvreté. Les conditions qui attirent les chiens, la saleté des rues, sont un rappel de l’esclavage. On dit, « la saleté charroie avec elle le souvenir de la promiscuité des vaisseaux, négrier, des plantations, des cases nègres. La saleté, c’est le marqueur de l’infériorité » (290). Dieudonné sort de la prison au début du livre, mais il entre dans un monde qui emprisonne toujours les gens pauvres et noirs comme lui dans les souvenirs et dans l’infériorité économique et sociale.

Même si les personnages ne s’accordent pas à savoir si l’esclavage et les impacts de l’ère coloniale existent toujours dans leur société, il est clair pour le lecteur que pour les pauvres et les noirs, comme Dieudonné, certains aspects de la vie n’ont pas changé depuis le temps de la colonisation et l’esclavage.

Tina Welsh, Whitman College, Walla Walla, WA

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