Révolution : le féminisme avait-il sa place en 1968 ?

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18 février 2016

Par Hannah Martin

Révolution : le féminisme avait-il se place en 1968 ?

Les événements de Mai 1968 et la  progression des droits des femmes.

En Mai 1968, les révoltes se généralisent en France. Comme pour  les mouvements de “Occupy Wall street“ aux États-Unis, ces manifestations en France étaient menées par la jeunesse qui désirait un changement dramatique. Une partie de la révolte a été prise en main par des étudiants parisiens de la Sorbonne qui se sont levés contre le capitalisme et la société de consommation.

MLF

Les femmes en 68, anonyme

 

Les manifestations ont duré pendant plus de deux mois, au cours desquels il y a eu une miriade d’événements dramatiques en France, parmi lesquels 11% des travailleurs français ont fait la grève, le président de la République, Charles de Gaulle a dû démissionner, les étudiants ont brûlé des voitures, la grève générale a engendré une pénurie d’essence et le pays a été paralysé pendant près de deux semaines. Dans l’article “Mai 68 : le féminisme introuvable” publié par le journal du Parti de Gauche (22 01 2016), Josette Trat revisite ces événements sous une lumière féministe. Bien que les femmes aient inévitablement participé aux manifestations, puisque elles représentaient une grande partie des étudiants et des ouvriers, la révolte était avant tout liée aux problèmes sociaux. Elle ne se focalisait pas sur les droits des femmes. Pourtant, à peine 2 à 4 ans après 1968 la révolution féministe s’est propagée dans les mêmes milieux qui s’étaient révoltés contre le système traditionnel. Parce qu’en déstabilisant la société conservative et les inégalités, les mouvements ont fait ressortir des idées féministes sur l’avortement par exemple. Donc, Mai 68 a démarré une révolution souterraine la force dont le mouvement féministe avait besoin.

La femme française des années 1950 était attachée à des valeurs précises. Passés sur l’attention à sa famille, sa vie domestique mais aussi  son travail – car contrairement aux États-Unis les femmes françaises sont partie prenante du monde professionnel, d’ailleurs, jusqu’à 60% des françaises travaillaient déjà dans les années 1960. Donc, en Mai 68, les femmes du Baby-boom espèrent un bouleversement, et dès les années 1960 “…réussir ses études pour exercer une profession de son choix devient possible pour un cercle de femmes de plus en plus large”, néanmoins l’influence et le jugement de la religion et de la société restent forts. (Patrie de Gauche, Josette Trat, 22/1/16).

Aussi, les événements qui se sont passés durant ces deux mois, ne sont pas dirigés par des femmes et elle en reste le stéréotype. D’un autre côté, Martine Fournier, du journal Sciences Humaines (4 10 2008) qui analyse la présence du corps féminin dans le débat soixante-huitard  ajoute qu’au début des années 1970, les femmes commençaient à utiliser leur corps et leur sexualité pour déstabiliser la conformité. Ces apparitions représentaient un désir de réclamer leur propre pouvoir. “Car c’est aussi à travers les corps que se manifeste la contre-culture qui signale, selon l’historienne Florence Rochefort, « l’imbrication du culturel et du politique (5) ». (Mai 1968 et la libération des mœurs, Martine Fournier, (10.04.2008.)

Ce sont donc les jeunes hommes qui ont mené ce mouvement de Mai 68. Malheureusement, cela ne peut pas être une surprise puisque les hommes ont la réputation d’être plus agressifs et combatifs. “Les « héros » de l’époque, du moins dans les lycées et les universités, sont les jeunes hommes qui ne cessent de raconter leurs exploits lors des affrontements avec la police dans les rues de Paris notamment.” (Patrie de Gauche, Josette Trat, 22.01.2016)

Ce mouvement peut aussi être vu comme un mouvement qui plaçait l’oppression la plus “critique” ou la plus “pertinente” en premier. Critiquer l’état arrive en premier, critiquer les sources d’argent en second -c’est donc avant tout une lutte contre le capitalisme. “De plus, dans les groupes politiques d’extrême gauche (pourtant en dissidence avec le PCF) domine l’idée suivant laquelle la lutte des classes est prioritaire, toutes les autres oppressions étant censées trouver leur solution dans la révolution.” (Patrie de Gauche, Josette Trat, 22/1/16)

 

Donc lorsqu’on parle du féminisme, on ne peut pas voir de vrai progrès jusqu’au commencement des années 1970 avec la naissance du MLF (Mouvement de Libération de la Femme) et la montée de femmes de pouvoir comme Arlette Laguiller (à gauche) ou Simone Veil (à droite). En fait, Arlette Laguiller, une politicienne communiste, est devenue la Présidente du Parti des travailleurs en 1968 et la première femme candidate à l’élection présidentielle en 1973. En plus, l’apparition du MLF dans les années 1970 reflète le besoin pour des démarches et manifestations séparées.

Le MLF ou le Mouvement de libération des femmes est composé des plusieurs groupes. Leur objectif est de lutter pour les droits des femmes et de combattre toutes les formes d’oppression et de misogynie “des revendications à l’égalité de tous les droits, moraux, sexuels, juridiques, économiques, symboliques.”

Comme dans chaque révolution, on a l’impression que le temps ne peut pas attendre. Dans ce cas, l’action précédait la pensée. Les luttes de 68 montraient du doigt les idéologies déjà établies. Les femmes de mai 68 sont donc des femmes de gauche qui luttent contre le capitalisme avant de lutter pour le féminisme. Cette époque autorise le développement d’un mouvement féminin dont la revendication est avant tout corporelle. D’ailleurs en 1974 Simone Viel offre aux femmes le droit à la contraception et à l’avortement gratuits.

1) Mai 1978 “Ces événements constituent une période et l’une des ruptures marquantes de l’histoire contemporaine , caractérisés par une vaste révolte spontanée anti-autoritaire, de nature à la fois culturelle, sociale et politique, dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, l’impérialisme et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place.”

2)  Simone Veil : 1979 à 1982, première présidente du Parlement européen, nouvellement élu au suffrage universel. Ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Édouard Balladur, puis siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007.

http://www.gauchemip.org/spip.php?article6266

http://www.zones-subversives.com/2014/11/mai-68-moment-de-politisation.html

Mai  68, un pavé dans leur histoire, Événements et socialisation politique,Julie Pagis, Presses de Sciences Po | Académique
Rubrique/mosaïque: Expressions et humeurs, l'Hexagone sous la loupe, Les Sociétés, Mosaïque, Une Culture, à cultiver, Urbanités
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