Togo : Comment garder les élites au pays ?

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20 mai 2016

Billet d’humeur par Jared Shapiro

Togo : Comment garder les élites au pays ?

Le 21 janvier 2016, peu de temps après les manifestations des profs togolais d’octobre 2015 sur le campus universitaire de Lomé, les étudiants ont manifesté contre les mauvaises conditions, laissant une dizaine de blessés.

Edmond d’Almeida, un correspondant togolais pour Jeune Afrique, raconte la manifestation des étudiants mécontents qui est arrivé à l’Université de Lomé le 21 janvier, laissant au moins huit blessés dont les étudiants et les policiers. Le 13 janvier 2016, le MEET, Mouvement pour l’Épanouissement de l’Étudiant Togolais, a tenu une assemblée générale “pour soumettre une série de doléances à la présidence de l’université” (Jeune Afrique, centre gauche, 12.01.2016). Komlanvi Kondo, président du MEET, détaille ces plaintes en expliquant “qu’il n’y a pas suffisamment de bus pour assurer le transport de nos camarades. Les frais de logement dans les cités sur le campus sont onéreux ; l’université n’est pas bien électrifiée et l’insécurité y règne la nuit,” en plus du problème perpétuel des bourses et des allocations financières (Jeune Afrique). L’appel de MEET a été ignoré par les chefs de l’enseignement supérieur, selon d’Almeida, donc le MEET en réponse a proposé une manifestation durant 48 heures.

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Un étudiant tient un gilet pare-balles de la gendarmerie (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 21 janvier 2016)

 

 

La manifestation a attiré l’attention du gouvernement qui a envoyé les forces de l’ordre. Les étudiants ont brûlé un véhicule policier et ils se sont heurtés à la gendarmerie qui leur jetait des gaz lacrymogènes. Après une journée tendue et violente, Octave Nicoué Broohm, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a annoncé que les autorités gouvernementales et universitaires seraient en discussion avec les étudiants sur chacune de leur revendications. Un étudiant effréné s’exclame, “ il faut secouer un peu le campus pour nous faire entendre. Les Assemblées générales ne servent à rien,” montrant une méfiance vers l’autorité universitaire (Jeune Afrique).

 

 

 

 

 

 

Cette démonstration vient à peine trois mois après une grève des professeurs insatisfaits de leurs allocations de rentrée scolaire et de bibliothèque (Jeune Afrique). Edmond d’Almeida précise que le gouvernement togolais a débloqué six milliards de francs CFA (environ 9 millions d’Euros) pour compenser les professeurs et pour rassurer les parents que l’année scolaire allait avoir lieu. En outre, une délégation gouvernementale a été fondée dans laquelle “les ministres de la Fonction publique, des Enseignements primaires et secondaires, et de la Formation professionnelle” ont discuté avec les “organisations syndicales du secteur de l’éducation” pour résoudre le conflit (Jeune Afrique). Selon d’Almeida, les syndicats espèrent casser “le cycle des perturbations dans le monde de l’éducation [togolaise],” mais les primes de rentrée n’étaient que le début d’un long catalogue(1) de plaintes qui vise le système éducatif togolais. La réponse expéditive du gouvernement a sensiblement dépanné une crise véritable mais il reste apparemment du travail à faire.

L’agitation éducative arrive au mauvais moment en étant donné que “Sur 6 millions de Togolais, environ 2 millions vivent à l’étranger(2) – 1,5 million en Afrique et 500 000 sur d’autres continents,” selon Robert Dussey, le ministre des affaires étrangères togolaises (Jeune Afrique). En ce moment, le ministère des affaires étrangères lance un appel à la diaspora pour qu’elle revienne au Togo en ramenant leurs compétences techniques et professionnelles. Ceux qui rentrent recevront “un financement pour faciliter leur retour et leur installation,” une récompense tentante. La récupération de la diaspora togolaise est confrontée au problème de l’employabilité des jeunes croissante (3).

La question de la formation se situe dans un contexte éducationnel, alors comment attirer la diaspora éduquée quand on voit des grèves et des manifestations violentes dans le secteur éducatif ? Alors que les jeunes Togolais se battent contre la structure universitaire, ce sera assez difficile de convaincre les Togolais partis de revenir, notamment quand il y a autant de détresse. Vu que les étudiants sont mécontents du système universitaire et que les professeurs au Togo portent plainte contre le même système, peut-être que le gouvernement togolais ferait mieux de se focaliser en gardant les jeunes et les professionnels qui sont toujours au pays.

Encarts:
1.) Y compris la mise en place d’un statut spécial, la situation des enseignants du confessionnel, et la création d’une coopérative promise depuis 2013
2.) Ce qui représente environ 25% de la population togolaise. L’immigration togolaise s’est réalisée en trois vagues distinctives (Samir Abi, CADTM, gauche, 23 janvier 2012)

  1. La première vague se composait des bacheliers envoyés
    Des étudiants restreint un policier sanglant (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 23 janvier 2016)

    Des étudiants restreint un policier sanglant
    (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 23 janvier 2016)

    à l’étranger pour étudier parce que le Togo n’avait pas l’infrastructure éducative pour leur formation. Au début des années 80, la dette encourue par l’ajustement structurel a forcé les émigrés de rester à l’étranger pour éviter le chômage qu’ils auraient trouvé au Togo.

  2. Dans les années 90, une crise politique a incité de nombreux Togolais à quitter le pays pour l’asile politique à l’étranger.
  3. La troisième vague est plus récente et elle se produit à cause de la quête d’un bien-être à l’étranger qu’on ne trouve pas au Togo.

3.) Dussey admet “qu’il est urgent de résoudre la question de [l’employabilité des jeunes], de trouver une meilleure adéquation entre formation et emploi, de faciliter la création de PME pourvoyeuses d’emplois, sinon nous ne pourrons pas les empêcher de vouloir partir. Et si le chômage des jeunes devait perdurer, alors nous irions vers une catastrophe. Regardez les rangs de Boko Haram et des Shebab : ils recrutent parmi les jeunes qui n’ont pas de travail.”

Sources:

http://www.jeuneafrique.com/295935/politique/togo-dizaine-de-blesse…

http://www.jeuneafrique.com/271236/societe/togo-gouvernement-debloq…

http://www.jeuneafrique.com/mag/282396/politique/robert-dussey-chom…

http://cadtm.org/Les-migrant-e-s-togolais-e-s

 

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