Juliette Bourdier,  a acheté sa première péniche en 1990. Elle a le permis sport, le permis mer et le permis bateau fluvial P (elle peut donc piloter des péniches jusqu’à 60 mètres). Après avoir vécu sur la Jonque, , Freycinet rallongée de 45 mètres sur 7m, pendant 6 ans, elle a acquis, en 1996, un brise-glace (brise-glace, remorqueur-avitailleur) fluvial, en acier à fond plat, construit en 1914 qui mesure 24 mètres sur 5 (72ftx15). Elle s’occupe, elle-même, du carénage de son bateau qui vient d’avoir son certificat européen renouvelé en août 2011 et pour dix ans.

Sa péniche est navigante, c’est à dire qu’elle peut larguer les amarres et se promener avec son bateau dès que possible.

 

Juliette Bourdier

Katherine : Mon petit doigt m’a dit que vous habitiez sur une péniche ? est-ce vrai ?

Juliette Bourdier : Et bien oui, effectivement, je vis sur des péniches depuis près de 20 ans. Autrefois j’avais une Freycinet de 45 mètres de long sur deux étages, aujourd’hui que j’habite entre le Colorado et Paris, j’ai un brise-glace en acier qui date de 1914 qui mesure 24 mètres sur 5 mètres, à peu près, sur un seul étage (donc très navigable qui peut passer sous tous les ponts et dans les toutes les écluses).

K : Est-ce que vivre sur un bateau c’est comme vivre sur une maison ?

JB : En fait il existe deux façons différentes de vivre sur un bateau. Il y a ceux qui ont choisi une maison flottante, c’est à dire que leur péniche ne peut pas naviguer, qu’elle est totalement dépendante de la terre (électricité, eau etc.) et ceux, comme moi, qui ont choisi de vivre, sur ce que j’appellerai un bateau, c’est à dire une péniche qui se déplace (dont le moteur fonctionne) qui est parfaitement équipée pour cela , qui a une certaine autonomie, donc qui peut se connecter à la terre, mais n’en a pas besoin. Alors là, effectivement, tout se complique

et la vie de tous les jours s’éloigne passablement de la vie en appartement.

K : Bon d’accord, alors quelles sont les différences entre votre vie ici au Colorado et quand vous êtes à Paris?

JB : Et bien, vous savez quand vous rentrez chez vous, il y a le chien qui attend devant la porte et bien moi, ce sont mes cygnes qui m’attendent. Le matin, avant d’aller à l’université je fais de la marche, hum, à Paris je fais un tour en kayack ou (s’il y a du vent) en planche à voile. Quand je veux voir mes amis, je ne prends pas ma voiture, je prends mon bachot, quand mes amis veulent me voir, ils viennent avec leur bateau, passer le weekend à couple de moi. Vous diner avec vue sur le jardin, je dine avec vue sur la seine.  Vous vous regardez les Flat Irons, moi je regarde la Tour Eiffel. Et quand j’ai envie de partir pour le week-end, j’emmène ma maison avec moi … c’est beaucoup plus sportif car il faut passer les écluses, faire les amarrages…mais c’est top !

K : C’est super, donc c’est rien que du Bonheur ?

JB : Et bien pas tout à fait, en fait, dès que l’on se penche sur les problèmes d’intendance, ça se complique… j’ai équipé mon brise-glace, avec un groupe électrogène au fuel, une éolienne et une série de panneaux solaires, et quand je navigue j’ai une turbine dans mon moteur qui recharge mes batteries (évidemment je peux aussi me connecter au quai. De la même façon j’ai plusieurs circuits électriques sur tout mon bateau, donc un circuit en 220v connecté à la terre et mon groupe, un circuit en 24 volts connecté aux batteries . Donc dans chaque pièce j’ai des lumières et des prises avec les deux intensités. Et puis j’ai des convertisseurs qui transforme le courant (ainsi je peux utiliser tout mon appareillage quel que soit les conditions).

K : Et pour l’eau vous faites comment ?

sortie de la cale moteur après quelques réglages

JB : Pour l’eau, et bien il faut créer la pression donc j’ai un hydrophore, il faut purifier l’eau qui ne vient pas du quai, j’ai donc une station avec un osmoseur qui me permet d’utiliser l’eau de la seine, et puis, bien entendu, pour les eaux usées, j’ai une station d’épuration qui nettoie l’eau avant de la rejeter. J’ai beaucoup d’autres appareils comme ceux-ci, tout cela est un peu compliqué … mais cela fait partie de la vie sur un bateau.

K : Et le plus grand problème sur les bateaux c’est quoi ?

JB : Et bien c’est la rouille, le cancer des bateaux c’est la rouille. Alors chaque année il faut entretenir, gratter et repeindre… oui le problème, c’est la rouille.

K : Et alors quand on vit sur un bateau, c’est humide ?

JB : Et oui, c’est humide, surtout l’hiver, on a bien entendu l’humidité de la Seine, comme n’importe qu’elle habitation située près de l’eau mais l’hiver on a l’ennemi des gens qui vivent sur les bateaux… la condensation ! c’est terrible, je pourrais vous parler de la condensation pendant des heures mais on va éviter… et puis la condensation… c’est la nourriture de la rouille….

K : Donc vivre sur une péniche c’est bien ?

JB : Si vous êtes bricoleur et un peu sportif, C’est génial de vivre sur un bateau…en fait ce serait parfait, s’il n’y avait pas la rouille….