Kevin Bodkin rencontre Juliette Bourdier

KB : Juliette Bourdier enseigne à Cu, elle a construit le projet bruit de Moquette pour ses étudiants.
Alors Bruit de Moquette, c’est quoi votre idée de départ ?
JB : Tout a commencé quand le département m’a confié l’enseignement de French 3500 dont les caractéristiques sont d’enseigner la composition et la conversation au niveau 3000. En général, le cours consiste en la lecture et l’analyse de textes, l’observation de l’actualité etc. Alors je me suis dit : et si je demandais à mes étudiants de faire l’actualité ? Et puisque j’en étais là, j’ai pensé, on va créer un magazine !

KB : Donc votre projet c’est quoi ?
JB : Et bien, mon projet a consisté en la création d’un magazine, papier et en ligne, via l’enseignement du journalisme à la française. Nous avons utilisé le Manuel de Journalisme (Yves Agnès), analysé des films et documentaires français sur la presse, et, bien entendu, fait des recherches sur différents sujets, les avons présentés par écrit, donc sous forme d’article, puis oralement, et avons débattus sur les idées ainsi abordées. Nous avons interviewé des personnes expertes dans leur domaine et réalisé des vidéocasts. Bref, je n’avais pas une classe d’étudiants mais un service de presse de 20 journalistes.

KB : Pédagogiquement ça veut dire quoi ?
JB : Ça veut dire que nous avons étudié d’un côté les usages du journalisme : de l’investigation, de l’enquête, de la vérification des informations et de l’interview. De l’autre nous avons appliqué les règles de la rédaction d’un article : comment introduire son sujet, valoriser graduellement ses idées, capturer l’intérêt du lecteur, on écrit pour le lecteur n’est-ce pas, et puis valoriser sa conclusion, les normes d’une interview, etc. Aussi, nous avons travaillé sur la recherche de la rédaction parfaite : mieux construire ses phrase, enrichir son vocabulaire, améliorer sa grammaire etc. Enfin, nous avons appris à utiliser la technologie, pour faire des recherches, poster notre travail, filmer nos interviews en direct ou via l’internet, mettre en forme nos vidéos.

KB : Ça fait un programme vraiment chargé pour un semestre, non ?
JB : Holala, oui, vous avez raison, c’était un projet très ambitieux. Nous avons tous eu un semestre incroyable, très intense, plein de rires et parfois de pleurs, oui, on a beaucoup travaillé. Mes journalistes ont réalisé un travail prodigieux. À la fin du semestre nous étions absolument épuisés ! Quand je prends du recul et regarde le semestre passé, je n’en reviens pas, vous savez, toute cette superbe énergie… c’est le principe de toute création, c’est merveilleux mais aussi douloureux. Avant CU, j’étais directeur de domaine, chef de projet, je connais le processus de la création, la mise en place d’un système, mise en commun des ressources, arriver à faire travailler des équipes. Les étudiants ont des intérêt et motivations différentes. Ce n’était pas évident, mais j’ai eu la chance d’avoir une équipe absolument étonnante ! C’était une belle aventure… Et puis regardez le résultat…
KB : C’était bien, hein ?
JB : Oui c’était bien, c’était notre projet.