Solibo : Un Christ martiniquais ?

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Une image d’un crucifix typique, mais avec un « Jésus noir »
Crédit : http://www.musefinds.com/AnAfroKinStore/BlackFigurines/Religion4.html

Au début de son roman Solibo Magnifique (Éditions Gallimard, 1988), Patrick Chamoiseau présente une image du conteur Solibo mort, disant « Le corps est allongé sur le dos, entre les racines de l’arbre. Les bras, écartés en croix, sont maintenus en position haute. Le genou droit est replié. La tête est inclinée vers la gauche. Les jambes sont orientées vers le monument aux morts » (18-19). Cette image de Solibo rappelle l’image classique de Jésus crucifiée, souffrant et sanglant. Tout au long du livre on retrouve les allusions à l’histoire de la crucifixion de Jésus. D’abord, la mort de Solibo et l’action suivante se déroulent pendant le carnaval, la fête avant le carême, qui commémore la période de souffrance et le meurtre de Jésus, et qui finit avec Pâques. De plus, quand l’inspecteur Pilon résume son investigation du « meurtre » de Solibo, il parle des « coupables »,  les appelant « Nos Borgia, Brutus et Judas » (198), faisant référence au disciple de Jésus qui l’a trahi et a donc entrainé sa mort aux mains des romains. Dans un sens, alors, Chamoiseau crée un parallèle entre Solibo et Jésus Christ. Pensant à ce parallèle, je me demande quelle est la signifiance de la mort de Solibo.  D’après plusieurs théologiens et apôtres chrétiens, la vraie signifiance de Jésus vient dans sa mort et sa résurrection. La mort de Jésus, disent-ils, était un sacrifice pour son peuple et ses péchés ; grâce à sa mort, si on croit en lui, on va être sauvé par sa grâce. Si Solibo est un personnage à l’image du Christ, peut-être que sa mon mort était, dans un certain sens un sacrifice pour le peuple martiniquais pauvre. Dans ce cas, la mort de Solibo devrait être une sorte de salut pour son peuple. Malheureusement, elle entraîne l’enquête de Pilon et donc la torture et la mort de plusieurs Martiniquais, qui sera aussi suivi par la série de contes et de souvenirs racontés par les « témoins. » Avec Solibo nous voyons la fin du grand conteur et donc la mort de la tradition et une partie centrale de la mémoire collective et orale, mais aussi une renaissance de cette tradition dans les histoires des autres Martiniquais. En se souvenant de Solibo, ils racontent des histoires, employant la tradition du conteur pour garder sa mémoire. De plus, avec ses histoires, Chamoiseau est capable de créer l’œuvre qui décrit le vécu du Magnifique. De la même manière que ce ne fût qu’après la mort de Jésus-Christ que sa signifiance évangélique a pu être disséminée au monde, Chamoiseau suggère que la tradition et les histoires de Solibo Magnifique ne peuvent pas circuler avant qu’il ne soit, lui aussi, mort.

Leda Zakarison, Whitman College, Walla Walla, WA