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Joseph Bonner,

La charte de la laïcité communique-t-elle vraiment le bon message aux jeunes ?

La Laïcité française est née sur les barricades de la révolution, en exécutant leur Roi, les Français ont coupé le cordon ombilical de l’omniprésence religieuse.  La laïcité est ensuite devenue un fondement de la République lorsqu’elle a été intégrée à la constitution. La laïcité est donc une invention française, fruit de son histoire. Devant une telle spécificité on est en droit de se demander: qu’est-ce que la laïcité à la française? Par ailleurs, le fait que la France ait décidé de légiférer sa laïcité pour l’implémenter au sein même de sa constitution, autorise à lier intimement la nation française et son unité à sa laïcisation en en faisant un outil de cohésion et d’équilibre sociétal.

Il existe un débat aujourd’hui en France sur la nécessité des lois sur la laïcité qui, bien qu’historiquement ancrée dans les fondements de la République française, peut sembler à certains inadaptée aux nouvelles donnes politiques, religieuses et, plus simplement, sociétales de la France du XXIème siècle. C’est pourtant une évolution qui semble avoir été prise en compte par le législateur qui a réorienté son discours vers les jeunes en produisant la charte de la laïcité. Néanmoins, certains acteurs se sentent exclus du débat et se demandent si cette nouvelle étape ne va pas focaliser l’attention sur les minorités religieuses.

Le grand débat sur la laïcité que les événements récents ont ouvert (principalement sur le port du foulard à l’école et dans les administrations) a établi un discours qui non seulement a remis en question certains principes de la laïcité extrême, mais aussi la justification qui avait motivée les législateurs au moment de son instauration. Françoise Lorcerie, auteur de ‘‘La République à l’école de l’immigration’’, compare et oppose les mots clé du changement sociétal pour distinguer les raisons pour lesquelles la France a mis en place la laïcité :

Laïcité républicaine vs démocratique, traditionnelle vs nouvelle, laïciste vs ouverte, – vs pluraliste, droits de l’homme contre droit-de-l’hommisme, empiètements de l’état contre influence du cléricalisme. Laïcité qui ‘exige de cantonner’ les particularismes dans ‘la sphère privée’ / objection qu’on en revient à l’ancien régime, où la conscience était reconnue libre mais pas ses manifestations.

Lorcerie explique qu’il existe des forces opposées qui contribuent à l’effort de la France de créer une loi qui bénéficie au bien du pays. Un fondement qui est guidé par la lutte pour éviter l’influence religieuse dans l’espace public et les affaires non religieuses, par exemple la création de la législation. La manière dont elle tente de peser les pensées des législateurs alors qu’ils étaient en train de former cette nouvelle idée est pertinente. À mon avis c’est une réflexion du débat sur la formation du citoyen et sur l’unité républicaine dans les valeurs fondatrices de la république française (liberté, égalité, fraternité) qui soutient que la liberté de chacun s’arrête où celle des autres commence. C’est-à-dire que ce n’est pas la liberté de croire qui est remise en cause mais ses « manifestations » prosélytiques.

Car c’est bien la Révolution française qui a posé les bases de la liberté religieuse et de la séparation de l’État et de l’Église. Iken Hossein, de son côté, met en contexte les événements historiques liés à la formation de la laïcité en disant que:

Les lumières, la révolution française, l’adoption de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le XIXème siècle apparaît à ce titre déterminant dans la construction de l’idée laïque. Les révolutions successives du XIXème et les changements de régime ont fait bouger les lignes et les frontières entre pouvoir spirituel et temporel. (Hossein)

Et de fait l’histoire montre que la France est en perpétuelle formation, toujours à s’adapter et se construire au travers de la notion de laïcité, en réfection après des siècles d’influence religieuse sur les affaires gouvernementales et législatives. D’ailleurs le mouvement de la laïcité est progressif et est devenu de plus en plus populaire au travers de l’histoire de France, à commencer par la Révolution. Mais c’est Etienne Balibar qui pose les questions essentielles qui troublent le débat actuel :

Est-ce que la laïcité est nécessaire dans la société française moderne? Est-t-il nécessaire d’avoir la laïcité dans la constitution? Même si la fonction de la laïcité est d’éradiquer l’inégalité dans la société, de séparer les pouvoirs politiques de la religion et de prolonger les droits sociaux; est-elle nécessaire?

C’est pourtant sur cette nécessité que les Français sont le plus en accord car pour eux la laïcité est une manière de maintenir la tradition et en même temps un effort pour moderniser la société française et ne pas mettre un groupe social plus bas qu’un autre. Balibar, dans un sens, critique la rigueur de la laïcité et la raison pour laquelle elle produit la discrimination de certaines communautés, elle questionne l’importance de la laïcité dans la constitution et par conséquent se demande s’il est nécessaire de la mettre dans la loi. Et de fait, ce qui différencie la France des autres pays est que la société française moderne semble avoir besoin d’une loi qui décrit la laïcité. Je crois que la laïcité sert à établir un modèle que chaque citoyen doit respecter pour créer l’égalité. La France (en particulier depuis Napoléon) a une attitude très marquée lorsqu’il s’agit de règlementer. Les règles précises sans doute, sont une façon de renforcer le besoin d’égalité pour tous. D’ailleurs, se poser de telles questions aujourd’hui semble assez futile si l’on tient compte du fait qu’il ne s’agit pas d’une décision soudaine mais d’une longue progression en réaction aux abus de la hiérarchie catholique d’influencer la vie des Français.

Il est nécessaire de savoir que la laïcité a pris ses bases dans l’histoire française. C’est-à-dire qu’avant la laïcité, la France avait une grande tradition religieuse surtout le catholicisme, qui influençait et contrôlait perpétuellement le gouvernement et la manière par laquelle les rois régnaient. C’est avec la Révolution que la France a complètement changé la façon de gouverner, cette fois sans les influences religieuses. À travers l’histoire, peu à peu, la laïcité a subi plusieurs changements et fortifications qui ont modernisé la signification et la manière dans laquelle la laïcité doit être implémentée.

La France et son parcours vers la laïcité

Les dates suivantes sont essentielles quand on regarde les événements les plus importants pour la formation de la laïcité:

–      La loi de 1789: L’article 10 de la charte des droits de l’homme et du citoyen proclame la liberté religieuse : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses (…).

Avec la déclaration des droits de l’homme, pour la première fois, la France a produit une législature déclarative définissant les droits humains pour les Français. En créant cette législation des idées et des droits ont été placés entres deux fronts (les ultrareligieux d’un côté et les anticléricaux de l’autre côté). Mais à travers l’histoire (la Révolution) ces fronts se sont effondrés et ont bougé à cause des idées de l’interprétation exacte du concept de droits humains que la France doit inclure.

–      La loi de 1791: La constitution instaure la liberté des cultes.

–      La loi de 1881-1882: Les lois de Jules Ferry instituent l’école publique gratuite, laïque et obligatoire.

–      La loi de 1905: La loi de séparation des Églises et de l’État : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

L’auteur de l’article ‘‘Ecole et laïcité : Réflexion autour de la charte de la laïcité’’, Houssein, interprète les évènements historiques qui ont contribué à la laïcité faisant du processus de laïcisation un combat en disant que, « Ce combat débouch[e…] en particulier sur les lois sur l’école de Ferry et plus tard la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. »

–     Les avis des 27 novembre 1989 et 2 novembre 1992 suite aux incidents « du foulard islamique » du Conseil d’État privilégiant une solution au cas a cas.

–      La loi de 1946: Inscription du principe de laïcité dans le Préambule de la constitution. 1946 est la date de première constitutionnalisation de la laïcité. La Constitution du 27 octobre 1946 stipule en son article 1 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. ».

–      La loi de 1958: « Reprend la formule en lui ajoutant deux phrases, dans son article 2, alinéa 1… La France est un République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, ou de religion. Elle respect toutes les croyances.

Cette loi marque un tournant parce qu’elle qualifie la République. Les termes indivisibles, laïque, et sociaux sont des adjectifs. Donc le législateur dessine une identité concrète uniformisée qui explique la devise française: liberté, égalité, fraternité. C’est-à-dire que, oui, la laïcité sert bien de lien entre l’unité du peuple et le fonctionnement démocratique du pays.

–      La loi de 15 mars 2004: Loi interdisant, dans les établissements scolaires, le port de signes ostentatoires ou de tenues manifestant une appartenance religieuse.

–      Le circulaire de 2013: La charte de la laïcité transfert des textes législatifs vers un public scolaire, le législateur communique avec les jeunes.

Ces dates sont profondément importantes pour comprendre comment, pourquoi, et quand la laïcité a été construite. Avec les dates et les changements du langage en ce qui concerne la laïcité, on voit que le processus d’intégrer la laïcité a été très précis et calculé. Sans précipitation c’est peu à peu que la France a pu formuler cette nouvelle idée pour avoir la meilleure réponse pour faire face à une société moderne à la française.

Et l’on remarque que le XIXe siècle fut marqué par l’alternance entre l’affirmation de la place privilégiée de la religion catholique et le progrès de l’idée laïque. La loi de 1905, que nous avons déjà abordée, clôt ce mouvement en instaurant la séparation de l’église et de l’Etat, et la République s’affirme laïque tandis que la religion est définitivement cantonnée à la sphère privée. Comme le souligne La Vie Publique, les instituteurs remplacent les prêtres lorsqu’il s’agit de créer un nouveau citoyen moral et républicain pour mettre en place une nation unitaire qui travaille pour le bien de tous. Une nation, dans laquelle les enseignants enseignent avec le même consensus procure une solution qui valorise l’éducation comme objectif et non pas comme dogme.

La laïcité à l’école publique s’est peu à peu imposée, sans remettre en cause l’existence d’écoles privées (la loi Falloux, 1850). La loi de 1882 a imposé la laïcité des programmes et des locaux des écoles publiques. La loi de 1905 instaure une séparation institutionnelle. Le combat laïque se justifie au nom d’une morale républicaine : l’école forme les citoyens, assure l’unité de la nation, les enseignements étant porteurs de l’intérêt général. La querelle de la laïcité s’incarne alors dans la lutte entre l’école publique et l’école privée. (vie-publique.fr)

Le transfert de la législation laïque à l’éducation publique

En effet, au XXe siècle, la question de la laïcité se concentre surtout sur l’école (c’est à dire sur la formation du jeune citoyen républicain), il s’agit de faire de l’école un lieu idéal, égalitaire et fraternel, et le législateur se préoccupe des enseignants. Dans cette continuité, au XXIe siècle le législateur ne tente plus de réformer les institutions (déjà modelées dans le système laïque), mais de communiquer avec les jeunes. Il ne s’agit plus de nettoyer les institutions mais de former un nouveau citoyen à utiliser l’école pour renforcer l’identité française au sein de la diversité. Ainsi plus récemment, la France propose ce nouvel outil qui s’adresse directement aux écoliers: La Charte de la Laïcité. C’est une charte qui apparaît dans chaque école publique en France. La Charte note les règles (venant des lois de la laïcité) qui établissent un modèle attribuant les droits de chaque étudiant et enseignant.

En 2013, les législateurs tentent d’inclure tous les écoliers français dans le processus laïc, avec la circulaire de La Charte de la Laïcité mise dans toutes les écoles publiques. Cette charte propose une liste de règles (dans un langage que les jeunes peuvent comprendre) que chaque écolier français doit suivre pour protéger la formation du libre arbitre pour lui-même dans le respect des autres. Les mots de la Charte sont un reflet de la constitution et des valeurs identitaires françaises. La charte de la laïcité a une fonction déclarative et pédagogique. À quoi ces « valeurs » font-elles référence? Françoise Lorcerie y répond:

Comme tout fait humain, la valeur des « valeurs républicaines » est soumise à l’histoire, c’est-à-dire au changement, – la laïcité ne fait pas exception. Nous sommes aujourd’hui dans une nouvelle période de réélaboration de la laïcité, et bien malin que dirait comment finira par tourner le conflit normatif qui oppose, typiquement, le juge et la philosophie en la matière, et quelle sera la prochaine position du politique. Pourtant une évolution se fait jour.

Après son premier commentaire, Lorcerie explique qu’aujourd’hui la France se trouve dans un monde qui se modernise continuellement, alors il est nécessaire qu’elle s’y adapte. À mon avis, le rôle des valeurs républicaines et leur position dans la laïcité renforcent l’effet de l’évolution de la France « sociétale » et le besoin d’avoir des mots clés qui peuvent évoluer avec le pays; des mots qui ne sont pas morts mais au contraire vivants. Comme tout fait humain, la valeur républicaine est basée sur l’histoire même de la laïcité. Aujourd’hui la laïcité est toujours confrontée avec de nouveaux défîtes qui viennent avec l’évolution de la société. Il y aura toujours ceux qui prennent les divers points de vus, ceux pour lesquels la laïcité doit évoluer constamment pour rester adaptée au monde. Les mots clé de la laïcité se trouvent dans le lexique de la constitution, « La France est indivisible, laïque, démocratique, sociale, » le lien est fait, le message est explicite.

Il existe quinze articles qui mettent en œuvre les règles pour les écoles publiques. Il est nécessaire d’insister sur l’utilisation d’un langage approprié pour s’adresser aux moins de dix-sept ans. Comme le souligne Paul Airiau,

Le vocabulaire sera notamment considéré comme révélateur. Il permettra de déboucher sur une interrogation à propos du statut et de la fonction accordée à la laïcité, à propos de ce qui est censé s’y opposer absolument, de ce qui peut être public et ce qui doit être privé.

Ce principe est fondamental pour comprendre les mots de la Charte. C’est-à-dire qu’en créant la Charte, le gouvernement s’est investi pour formuler le langage adapté aux jeunes pour une vraie compréhension de la laïcité. Chaque ponctuation et chaque mot sont destinés à souligner l’importance de la Charte. Un lexique précis permet d’ouvrir un débat à l’école dans un espace commun, ce qui est fondamental à l’acceptation des principes. Il faut noter que la Charte n’existe pas pour interdire certains groupes, mais pour protéger chaque écolier. J’analyserai quatre articles, le troisième, le sixième, le huitième et le quatorzième.

–          Article 3: La laïcité garantit la liberté de conscience tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public. (MED)

L’article 3 est révélateur de l’empreinte toujours présente de l’époque des lumières qui a profondément imprégné l’identité française. Cette notion de liberté d’expression se retrouve chez tous les grands penseurs qui ont marqués la France. Par exemple, chez Malesherbes qui assure, que « La liberté de la discussion est le moyen sûr de faire connaître à une nation la vérité. » Le mot clé est la discussion. C’est-à-dire que si on habite un pays où l’on n’a pas le droit de d’exprimer nos propres opinions et convictions on manque un aspect fondamental de la liberté humaine. En plus, le fait que chacun est libre de croire ou de ne pas croire comme le précise George Bernanos qui a dit, « Une pensée qui n’agit pas n’est pas grand-chose, et une action qui ne se pense pas, ce n’est rien, » est un attribut d’une société libre et démocratique. Si on n’explique pas nos sentiments en ce qui concerne l’injustice ou une loi que l’on considère arbitraire on oublie ses devoirs, il faut agir pour ouvrir la discussion, améliorer la situation, c’est-à-dire joindre l’action à la parole.

–          Article 6: La laïcité de l’Ecole offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix. (MED)

L’idée de protection de tous prosélytisme que revendique l’article 6, se retrouve aussi chez Montesquieu lorsqu’il affirme, « Il faut que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un citoyen. » En effet, pour assurer la liberté des citoyens, un gouvernement a la responsabilité de protéger la vie de ses citoyens sans peur d’exprimer leurs propres convictions.  Par ailleurs, comme disait Jean Jaurès « Il n’y a pas de vérité sacré. » Donc tous les Français y ont accès qu’ils croient en Dieu ou pas car la vérité est séculaire et on ne doit pas toujours essayer de trouver les raisons dans la religion. La charte exprime clairement que le but n’est pas de contraindre l’écolier, mais de lui permettre d’être heureux dans la continuité de sa formation interne. Emile de Girardin met en contexte cette idée en disant que, « Le problème à résoudre: le plus de bonheur possible pour le plus grand nombre possible. » Finissant cette citation qui clôt toutes les autres mais en reformulant la liberté d’expression vers le bonheur de l’être humain, Girardin repositionne le débat dans une actualité plus réaliste.

– Article 8: La laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression des élevés dans la limite du bon fonctionnement de l’école comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions. (MED)

– Article 14: Dans les établissements scolaires publics, les règles de vie des différents espaces, précisées dans le règlement intérieur, sont respectueuses de la laïcité. Le port de signes ou tenues par lesquels les élevés manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. (MED)

Il est clair que la Charte de la Laïcité protège la formation du libre arbitre de tous les  écoliers Français qui fréquentent l’école publique. Alors que l’article 8 mentionne « le bon fonctionnement de l’école », c’est l’article 14 (interdisant le port de signes ostentatoires) qui le met en pratique car il favorise les relations entre l’enseignant et les écoliers en évitant: des tensions entre étudiants, l’harcèlement scolaire et les intimidations moqueuses. En un mot en supprimant l’inconfort d’une diversité religieuse dans laquelle les écoliers non pas été encore assimilés. Le but du « bon fonctionnement » de l’article 8 est « Le respect du pluralisme des convictions; s’il n’est pas contraire au bon fonctionnement de l’école, le débat peut avoir lieu mais nul ne doit tenter d’imposer par la force ses convictions personnelles à autrui. » (MED) L’article 14, en interdisant le port de signes ostentatoires, favorise l’ordre public, c’est-à-dire la stabilité et aussi la liberté pour chacun de vivre ses convictions intérieures. On voit que la liberté de se comporter comme on veut, sans interrompre l’apprentissage des autres, ou sans risquer d’être forcé ou exposé à une croyance ou une manière de penser incomprise sera réglée plus efficacement dans un espace neutre. La Charte était nécessaire à cause d’une montée des communautarismes,

La morale laïque avait perdu en visibilité. Pour certains, il convenait de revenir aux sources de la République et de recréer un modèle unique d‘intégration. Pour d’autres, il fallait tenir compte des évolutions de la société et faire une place aux communautarismes et particularismes, même religieux. (vie-publique.fr)

Et c’est justement dans un espace neutre que les communautés les plus minoritaires peuvent s’exprimer en sécurité.

La signification de la laïcité était devenue ambiguë par rapport à son établissement originel de la fin du 18e siècle. Le problème s’est déplacé des enseignants de la fin du 19e siècle encore endoctrinés par le catholicisme, aux jeunes écoliers du 21e siècle qui voient dans la religion un moyen de former leur individualité au milieu de l’océan républicain. Il existe de nombreuses interprétations de la laïcité et de son effet sur les communautés religieuses. Certains pensent que la laïcité produit de mauvais effets sur une communauté particulière et au contraire d’autres qui supportent cette invention française disent qu’elle est nécessaire pour le maintien de la paix républicaine. Avec la mise en place de la laïcité certains groupes pensent qu’ils sont désavantagés ou soumis, à cause des règles strictes qui l’accompagnent la laïcité. D’ailleurs ceux qui questionnent la nécessité d’une loi ne sont pas nécessairement les religions minoritaires mais plutôt les minorités à l’intérieur des communautés religieuses, en particulier les fondamentalistes, qu’ils soient catholiques, juifs, musulmans, bouddhistes ou athéistes. C’est ainsi que certains prétendent que la loi dégrade les fondements religieux. Ils disent que les fondateurs de la loi n’ont pas consultés toutes les tendances des institutions religieuses, et par là, la loi diminue leurs traditions. Par exemples, chez les catholiques, Monseigneur Bernard Podvin atteste que:

La laïcité ne doit pas être creuse, ni se borner à la négation, l’empêchement des religions. Elle doit au contraire se traduire par l’apprivoisement de la culture religieuse, de leur contribution positive à la société, à l’esprit civique. Une laïcité responsable ne peut se vivre uniquement dans la coercition. (Lindell)

C’est-à-dire que la laïcité devrait traduire l’adoption des cultures religieuses et de ses contributions positives à la société dans un esprit civil. En plus, Hossein, souligne:

La laïcité, historiquement outil privilégié d’émancipation, a pu être instrumentalisé à des fins de rejet et de ségrégation sociale de certaines catégories de la population, transformées en boucs émissaires pour masquer les difficultés sociales.

Il est clair qu’il est difficile de maitriser toutes les conséquences du projet laïque; et certaines communautés minoritaires souffrent à cause de la laïcité et une partie de la société française regarde ces groupes minoritaires comme inférieurs. Donc bien que la laïcité ait toujours été un outil qui privilégie l’émancipation, elle peut-être un instrument de rejet et de ségrégation sociale. Car à travers le temps se sont développés des trous qui font ressortir des difficultés sociales. Ce qui est le cas de n’importe quelle loi. Par exemple, l’unicité langagière légiféré à partir du XVIe siècle qui définit le français comme langue officielle unique, ne privilégie-t-elle pas la langue francilienne par au long des communautés régionales (Basque, Corse, Breton) ?

La laïcité ne peut pas vivre seulement avec la coercition mais au contraire elle doit-être soutenue par le peuple avec fierté. En fait, il existe des intellectuels qui défendent le fait que la charte cherche justement à réaliser ce pourquoi d’autres voix se sont levées. Par exemple, celle du président du Conseil français du culte musulman Dalil Boubakeur correspond à une crainte que la laïcité stigmatise la communauté musulmane qui dit que : « 90% des musulmans vont avoir l’impression d’être visés par cette charte alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité… » (Saget). Alors qu’il travaillait avec le ministre de l’éducation nationale, Vincent Penillon notait que, « le communautarisme existe dans certains groupes, mais il est surtout lié au difficulté de vie dans les lieux de relégation des musulmanes, pour lutter les attentes à la laïcité mieux vaudrait s’attaquer à ses ressources sociaux économiques » (Saget). C’est-à-dire qu’une généralisation d’opinion qui juge la population entière pour les faits d’un individu particulier est injuste, sachant que les communautés veulent vivre en paix et ne doivent pas être punies à cause des extrémistes.

À ceux qui se demandent si la religion musulmane est compatible avec la laïcité je réponds, qu’on observe un chevauchement entre les différents phénomènes qui sont mis sous l’étiquette des problèmes de la laïcité, principalement les problèmes d’une immigration non maitrisée. Si l’on tient compte du fait qu’en 2015 la France a 12 millions d’immigrés soit 19% de la population dont (4 millions viennent de Maghreb) on comprend que cette immigration a un coût; il faut les infrastructures pour accueillir les nouveaux venus (les écoles de langue, mosquées et produits alimentaires particuliers). Par ailleurs, la crise économique crée une réaction contre ceux qui sont perçus comme des voleurs d’emplois, ceux qui volent les emplois des Français, ceux qui favorise la montée des parties extrémistes de gauche et de droite. D’autre part, en période de crise économique, les gens ont tendance à se rapprocher de leurs traditions et de les mettre en valeur (porter le voile, la croix, ou la kippa). « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera » (Malraux). Voyant les mots utilisés par André Malraux, on comprend que l’humanité est toujours en train de chercher le vrai message qu’on peut tirer de chaque livre ou écriture religieuse. C’est-à-dire que le sens de l’espoir qui vient de la religion doit-être justifiée pacifiquement et non pas des manifestations violentes.

Tous ces éléments mélangés s’associent à un climat d’insécurité généré par les attentats. Par exemple en 1982, la fusillade antisémite de la rue de Rosiers contre les juifs, (6 morts Fatah Conseille Révolutionnaire). En 1995, il a eu 11 attentats dont huit à la bombe qui ont été attribués aux Groupes Islamiques Armées (GIA) et ont causé 8 morts et les 200 blessés graves. En 2012, il y a eu 7 personnes tuées par Mohammed Merah (Al-Quieda) à Toulouse. Plus récemment, en Janvier 2014, les frères Kouashi ont fusillé 12 personnes au siège de Charlie Hebdo. Ces événements qui ont une forte marque religieuse sont repris par les média et créent une sensation de danger tout en montrant du doigt l’ennemi. Ainsi toutes ces informations, toute cette désinformation, tous ces sentiments et émotions s’amalgament en un concept réactionnaire contre « l’autre. » Alors qu’en fait si l’on analyse plus précisément les problèmes de l’Islam et du port du foulard dont les premiers cas apparaissent en 1989, on s’aperçoit qu’ils sont rares, seulement une dizaine en 30 ans (moins de 100 écolières ont étés expulsés en 30 ans pour 7 millions d’écoliers par an). Et l’on peut remettre en rapport les 7 millions de musulmans, face aux 7 millions d’écoliers, pour réaliser que le problème trop médiatisé ne concerne qu’une quantité négligeable d’établissements.

Françoise Lorcerie ajoute que: « l’objet des combats est assez imprécis… L’un des problèmes d’aujourd’hui est que les musulmans sont convoqués (de façon active ou passive: on parle d’eux) au débat » (Lorcerie 64). Même si les terroristes sont la cause de ces mauvais sentiments contre communautés religieuses, il est clair que les créateurs de ce chaos sont responsables de la peur pour la majorité des autres qui vivent et manifestent leur religion et dévotion d’une manière pacifique. D‘ailleurs Abdel Malik soutient cette idée en disant le suivant,

Car le problème est réellement là, ceux ne sont pas là 7 de millions musulmans qui s’opposent, c’est une infime minorité extrémiste qui utilise la laïcité come outil soulevé un sentiment musulman dans une population qui est jusqu’à une population qui était bien intégrée cela devient d’autant plus évident quand on voit le nombre de musulmans qui se déclarent d’être Charlie et qui se révoltent contre ceux qui attirent l’attention.

Retournant à l’idée fondamentale de fusion culturelle à la France, on voit non seulement en France mais aussi à travers lu monde d’aujourd’hui que cette super-minorité de personnes aux conceptions religieuses extrêmes crée une situation instable pour les autres qui ne veulent rien de plus que vivre en paix. Ceux qui s’intègrent à la fusion culturelle et religieuse ont l’espoir que leurs manifestations religieuses seront bien reçues par la population en général, soit religieuse soit non-religieuse. Tandis qu’une sous-minorité d’extrémistes cherche toujours une justification pour déclencher des actes de terrorisme.

À travers l’histoire, il y a de temps en temps de grands penseurs qui voient dans le futur et dans un sens prédisent les menaces contre la paix dont l’origine vient des extrémistes. C’est-à-dire qu’en réaction à la législation mise en œuvre par le gouvernement, se déclenche une guerre idéologique. En fait ce qui est choquant c’est qu’en 1956, André Malraux ministère des affaires culturelles en France avait prédit cette émergence des extrémistes religieux dans la France moderne et laïque annonçant:

C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. (Miribel)

Quand j’ai lu cette citation pour la première fois j’ai pensé qu’elle était récente. Mais je me suis rendu compte qu’il avait été dite il y a plus de soixante ans. Le fait qu’il a prédit la guerre idéologique qui se passe aujourd’hui est intéressant. Même s’il connaissait l’histoire de l’Islam et du monde occidental, sans savoir quelles en seraient les « conséquences », il est frappant que ce soit un spécialiste de la culture et de l’éducation, un laïque convaincu, qui ait dévoilé ce phénomène religieux.

Alors dans le débat, la majorité des enseignants ne prend pas de position pour ou contre la laïcité. Par exemple, Bernard Girard, professeur d’histoire, présente les deux côtés du débat. Il dit que la Charte de la laïcité est une « overdose de grands principes » (Lindell). Il questionne la notion de l’égalité produite par la Charte. On voit qu’avec son commentaire, il présente la laïcité comme excessive, car la signification des principes a été altérée pour mieux s’adapter avec la laïcité.

L’argument est que la laïcité aide à la formation d’une France moderne au risque de créer une inégalité pour certains groupes religieux ethniques ou sociaux-économiques. Il n’est jamais discuté du fait que la laïcité est directement liée à l’histoire entre la France et la religion et avec des événements historiques comme les Croisades par exemple. « Dès l’époque médiévale et jusqu’à aujourd’hui, l’idée laïque a fait son chemin, connu de grandes étapes et des évolutions. On peut ici en relever quelques étapes parmi les plus importantes » (Hossein). À travers l’histoire de France, la laïcité a toujours eu une place. Elle a aussi connu de grandes étapes et de grandes évolutions. Bien que sa définition et ses particularités aient changé, à chaque moment dans l’histoire, sa signification a toujours été pertinente pour son époque.

On voit la difficulté d’exécuter une loi qui plaise à tous. On ne peut pas avoir tout ce que l’on veut et penser que tout le monde sera d’accord. Le gouvernement doit jongler avec les intérêts de chacun pour le bien de tous. Oui, certains groupes se sentent dégradés à cause de la laïcité mais, tous les citoyens ont une certaine paix de vivre dans un pays où ils peuvent aller à l’école ou en public sans subir les influences des autres. En même temps, ils peuvent pratiquer leur religion chez eux sans que d’autres se moquent d’eux. Peut-être y-a-t-il d’autres pays qui pensent que la laïcité enlève les droits humains de chaque citoyen. Mais ils n’ont pas l’histoire tumultueuse de la France ni non connu la lutte que la France a menée.

Quand on regarde la laïcité comme un Américain on voit une différence entre nos lois et notre manière de vivre. Aux Etats-Unis on n’a pas de règles pour la laïcité mais l’on voit qu’il y a environ 1% de musulmanes contre plus de 10% en France. La liberté d’expression est différente, en France la diffamation contre la religion n’a pas des faits, c’est leur liberté d’expression, en revanche on ne peut pas avoir un discours qui inspire la haine. Mais de toute façon, il est difficile pour un Américain de comprendre complètement la laïcité et ses effets sur la société. À mon avis, après tout ce que j’ai lu et étudié, il y a une grande différence entre la France et les Etats-Unis. En France quand on parle d’intégration on parle de fusion tandis qu’aux Etats-Unis il s’agit de superposition. C’est cette différence qui marque la raison pour laquelle la laïcité est absolument nécessaire en France. En d’autres termes, on ne peut pas traduire le mot « laïcité », ce n’est pas « sécularité », car elle a un sens abondamment plus profond. La laïcité est formée à travers plusieurs parties qui sont liées à l’histoire, les temps modernes, les droits de l’homme et la paix.

J’ai présenté l’histoire de la laïcité française, ses raisons, ses effets sur nombreux groupes ainsi que l’éducation de la laïcité à l’école. Après avoir écrit cet essai j’espère qu’un non-Français peut avoir une meilleure idée et une meilleure connaissance du « tableau » de la laïcité. À la surface, la laïcité semble ambiguë et compliquée, mais avec une connaissance de l’histoire de France à travers les siècles, quelqu’un qui ne sait rien de la laïcité pourra je l’espère éduquer les autres. Avant de juger cette « invention française » il faut la comprendre. À mon avis, je crois que la laïcité face aux écoliers français communique non seulement une manière de montrer la fierté de l’héritage mais aussi le fait que la France a réussi par des longs efforts à égaliser et maitriser ses citoyens en ce qui concerne le maintien de l’avenir de la tradition républicaine française. Alors, je dis oui la charte de la laïcité communique parfaitement avec les écoliers en France.

 

 

 

 

 

 

Œuvres Cités

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