En vue de préparer la ville de Paris à la modernité, Napoléon III désigna le Baron Haussmann, préfet de la Seine, pour transformer la ville : installation d’égouts, établissement de jardins, inclusion des Buttes de Chaumont (jardin au nord de la ville), ratissement des vieux bâtiments, constructions de nouveaux ponts etc. Tous ces travaux de transformation de la ville se sont accompagnés d’élargissements des rues et de créations de boulevards. Le visage de Paris change et avec lui, la société parisienne. La dernière « révolution » que connaîtra la ville s’éteindra bien vite, ne pouvant rien contre ce nouvel espace ouvert. La Commune (1871) en effet ne tiendra pas le coup. Une bonne introduction à cet évènement historique se trouve dans le film La Commune (Paris 1871) du réalisateur britannique Peter Watkins. Celui-ci prend le partie de faire revivre l’évènement à travers les témoignages de « communards » (forcément fictifs).

Fini les petites ruelles sombres de Balzac, c’est désormais la naissance du Paris des flâneurs, de la foule insaisissable, des grands magasins et des devantures aguichantes. Certains, comme l’écrivain Emile Zola embrassent ce changement (Au Bonheur des Dames) et d’autres comme le poète Baudelaire s’en désolent (Le Cygne).

 


Pour en savoir plus, petit additif de la rédactrice en chef.

 

La Commune (Paris, 1871) (2000) est un film français de Peter Watkins. L’historien Jacques Rougerie la « considère comme l’oeuvre cinématographique la plus accomplie et la plus remarquable sur la Commune, dont elle restitue extraordinairement le climat, avec une fidélité historique remarquable. » Jacques Rougerie, Paris libre 1871, p 282, Editions du Seuil, 2004

Au Bonheur des Dames est un roman d’Émile Zola publié en 1883, le onzième volume de la suite romanesque les Rougon-Macquart.
Au Bonheur des Dames.Le Livre de Poche (1 octobre 1971) Collection : Classiques,  Langue : Français. ISBN-10: 2253002860

Charles Baudelaire, Le Cygne, extrait des Fleurs du Mal dans la section des Tableaux Parisiens.

LXXXIX, LE CYGNE,
À VICTOR HUGO

I

Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,

Pauvre et triste miroir où jadis resplendit

L’immense majesté de vos douleurs de veuve,

Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

 

A fécondé soudain ma mémoire fertile,

Comme je traversais le nouveau Carrousel.

Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville

Change plus vite, hélas! que le cœur d’un mortel) ;

 

Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques,

Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,

Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,

Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

 

Là s’étalait jadis une ménagerie ;

Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux

Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie

Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

 

Un cygne qui s’était évadé de sa cage,

Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,

Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.

Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

 

Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,

Et disait, le cœur plein de son beau lac natal :

« Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? »

Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

 

Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,

Vers le ciel ironique et cruellement bleu,

Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,

Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

II

 

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

 

Aussi devant ce Louvre une image m’opprime :

Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,

Comme les exilés, ridicule et sublime,

Et rongé d’un désir sans trêve ! et puis à vous,

 

Andromaque, des bras d’un grand époux tombée,

Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,

Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ;

Veuve d’Hector, hélas ! et femme d’Hélénus !

 

Je pense à la négresse, amaigrie et phthisique,

Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard,

Les cocotiers absents de la superbe Afrique

Derrière la muraille immense du brouillard ;

 

À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve

Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs

Et tettent la Douleur comme une bonne louve !

Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !

 

Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile

Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor !

Je pense aux matelots oubliés dans une île,

Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !

Vous pouvez lire Les Fleurs Du Mal sur wikisource

http://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Charles_Baudelaire

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Poche: 158 pages, Editeur : Librio (5 mars 2004). Collection : Librio Poésie. Langue : Français. ISBN-10: 2290339075