Il y a longtemps que je t’aime : Une collision entre le cœur et la loi

Susan Rosewell

À l’intersection des principes collectifs et des valeurs humaines, il existe un lieu aveugle ou l’on doit lire entre les lignes pour trouver sa voie. « Il y a longtemps que je t’aime » par Philippe Claudel (2008) est l’histoire d’une mère, Juliette, qui tue son fils, Pierre, par injection létale. Sa logique ? Son fils chéri est atteint d’une maladie mortelle qui le fait horriblement souffrir. Jugée coupable de meurtre, elle est incarcérée pendant 15 ans.

C’est pendant sa réinsertion qu’on voit émerger des polémiques épineuses : qui peut décider sous quelles circonstances on doit vivre ou mourir ? L’individu; la société, les lois naturels, les lois divines ? On peut dire que c’était une action d’amour, de courage et de sacrifice pour Juliette d’interrompre, par euthanasie, la souffrance de son enfant agonisant, cependant elle reste légalement interdite au médecin ou même au parent. Ce dilemme a mis Juliette en péril au moment de sa découverte que le fils qu’elle avait enfanté allait mourir, à partir de-là, elle était condamnée autant par loi que par elle-même. Néanmoins, elle a pris sa décision en choisissant l’euthanasie.

Tâchant de trouver une réponse significative à la question : Qui a le droit de décider quand et par quelle autorité on peut vivre ou mourir ? Il nous reste plus de questions que de réponses.  Faut-il se bases sur des standards extérieurs ou des valeurs intérieures ? Juliette a pris sa décision en se laissant entraîner par une autorité intérieure. Elle a accepté que l’autorité extérieure la condamne : elle a fait son choix et accepté les conséquences. Ce faisant, elle est demeuré l’auteur de sa vie, bien que tragique, se fiant à l’intrépidité, l’amour et la compassion.

 


Un seul acte peut-il nous définir ?

Takako Hirokawa

Dans le drame « Il y a longtemps que je t’aime », réalisé par Philippe Claudel en 2008, Juliette Fontaine, joué de manière impressionnante par Kristin Scott Thomas, essaie de se réintégrer dans la société après avoir été en prison pendant quinze ans. On la voit devenir plus confortable dans sa nouvelle vie et apprendre à re-découvrir la fonction des rapports grâce au cercle des connaissances de sa sœur Léa (joué par Elsa Zylberstein), avec laquelle elle habite.

Au début du film, Juliette ne dit presque rien, comme elle a oublié comment se rapporter aux autres. En général, elle est visiblement mal à l’aise dans les conversations avec Léa et ses amis. Elle baisse les yeux quand quelqu’un s’adresse. Sa peau est grise et a une apparence malsaine. Lorsque Michel (Laurent Grévill) s’introduit, elle ne fait pas face à lui mais regarde la terre et se tourne afin de ne pas être engagé dans la discussion.

C’est par le lien avec sa nièce, P’tit Lys (Lise Ségur), qu’elle retrouve lentement le bonheur. Juliette se regagne en enseignant le piano et en jouant avec Lys car la fillette ne la juge pas par ses actions passées, mais seulement par ses actions actuelles. Elle commence à sourire et s’assouplit, ce qui éclaire son visage. Les autres personnages, particulièrement Luc (Serge Hazanavicius), le mari de Léa, tardent à se rendre compte qu’elle n’est pas définie par son crime. On se pose cette question : est-ce qu’une seule action, aussi horrible ou bonne soit-elle ;  détermine qui nous sommes ? La réponse que le film donne est non, c’est la somme des actions d’une personne qui montre son essence.

Le DVD est disponible neuf à amazon.fr à partir de 9,98€. Le film dure 1h 55 min.